
Version actualisée du 9 juin 2022.
Quelle est la couleur de peau de la population vivant en France ou, dit autrement, quelle est la part de chaque « minorité visible »1 ? Déterminer qui est de telle ou telle couleur de peau n’est pas simple : on imagine mal un enquêteur de l’Insee muni d’un nuancier. Même si c’était le cas, comment déterminer les classes de nuance ? La meilleure solution est de poser la question aux intéressés. La seule enquête publiée sur le sujet est un sondage réalisé par la Sofres pour le Conseil représentatif des associations noires en 2007. Résultat, 3,2 % de la population se déclarait « noire », autant qu’« arabo-berbère », 1,4 % s’estimait « métis », 0,5 % « asiatique », 0,2 % « indos-pakistanais » et 1 % « autre ». Au total, notre pays comptait 90 % de « blancs » et 10 % de « non-blancs ». Ces chiffres, issus d’un sondage, sont malheureusement datés et n’ont pas la même valeur qu’un travail scientifique.
Depuis 15 ans, la part de non-blancs a probablement augmenté, sous l’effet de la hausse de la population immigrée, plus élevée que la population totale, de 8,3 % à 10,3 % entre 2007 et 2022. Si on additionne l’ensemble des immigrés originaires d’Afrique subsaharienne, leurs descendants ainsi que la population noire des Dom2 ou de cette origine pour l’année 2019, on obtient environ 6 % de personnes noires. Si on comptabilise l’ensemble des immigrés d’origine du Maghreb et de Turquie3 et leurs descendants on aboutit à 5 % de la population. Ces chiffres, là encore, ne sont que des ordres de grandeur très grossiers, parce que d’un côté une partie des immigrés ou descendants d’immigrés ne se reconnaîtraient pas dans les classifications par couleur de la peau, et que, de l’autre, ils ne prennent pas en compte les petits-enfants d’immigrés originaires de ces pays.
Dans une enquête menée par le Défenseur des droits en 2016, à la question « Comment pensez-vous que les autres vous voient ? », 4 % de la population répondaient « noirs » et 3,7 % « Arabes ou Maghrébins », 2,7 % « métis », 0,8 % « Asiatiques », 14,4 % ne se reconnaissaient pas dans cette répartition. On compterait 73 % de « blancs », 14 % de « non-blancs » et autant de personnes qui ne se reconnaissent pas dans les cases proposées. Parmi ces dernières, la part de « non-blancs » est probablement importante sans que l’on puisse l’évaluer. Même si plusieurs réponses étaient possibles, une partie de la population ne se reconnait pas dans cette classification (on peut être « noir » et « Asiatique » ou « Arabe », à partir de quand est-on « blanc » ?, etc.) ou refuse d’être catégorisée ainsi.
La collecte de données sur la couleur de la peau des personnes, sujet politiquement très sensible, doit se faire avec précaution. Il est interdit en France de constituer des fichiers par couleur de peau compte tenu des dangers qu’ils peuvent représenter. Rien n’empêche malgré tout un organisme de recherche de mener une enquête approfondie sur le sujet, mais cela ne semble pas intéresser de nombreux chercheurs. Les données de l’enquête du Défenseur des droits ne sont pas publiées. Une enquête dite « trajectoires et origines » menée par l’Ined en 2019 et 2020 devrait produire des résultats en 2022, mais à partir des origines, sans aborder directement la couleur de la peau. Si l’on veut mesurer la représentation des minorités visibles et mieux comprendre les discriminations qu’elles subissent – comme cela peut être le cas lors de certains contrôles de police -, connaître leur place dans la société reste indispensable.
Notes: