
Les personnes âgées ont disparu de l’analyse des classes sociales en France. Plus aucune ne porte sur leur répartition par groupe social en fonction de leur ancienne profession. Pourtant, notre ne pays compte pas moins de 18 millions de personnes âgées ayant travaillé au cours de leur vie1 et 29 millions d’actifs. Une fois à la retraite, ces personnes disparaissent ainsi des analyses des classes sociales en France qui ne portent que sur les personnes ayant une profession. Oubliant les aînés, on occulte plus d’un tiers de l’ensemble des adultes. Et on déforme la structure sociale.
Si l’on observe la répartition par catégorie sociale des retraités, on dévoile une France beaucoup plus populaire que celle des actifs. Ces données intègrent en effet des générations ayant commencé à travailler parfois dans les années 1960, une époque où les emplois qualifiés, de cadres notamment, étaient bien moins développés. Parmi les retraités, on compte 13 % de cadres supérieurs contre 20 % chez les actifs (données Insee 2020). Ouvriers et employés représentent plus de la moitié des plus âgés, contre 47 % chez les actifs. Les non-salariés, agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d’entreprise constituent aussi une part plus importante des retraités.

Rendre invisibles les retraités réduit la place de l’univers populaire des employés et des ouvriers : deux ensembles qui à eux seuls représentent dix millions de personnes. Un constat qui déforme notre compréhension de la société et constitue l’un des éléments qui alimente le décalage entre les discours politiques et médiatiques et les réalités vécues par la population. Des retraités de milieux populaires, qui peuvent aussi exprimer leur mécontentement dans les urnes à l’occasion des élections.
Photo : Otacilio Maia / Unsplash
Notes:
- Cette analyse ne prend pas un compte un million de personnes de plus de 60 ans n’ayant jamais travaillé. ↩